Démission au Gouvernement guinéen: le courage de Karifa Gassama Diaby

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Que ceux qui voient en Gassama Diaby le symbole du courage politique arrêtent donc de le porter sur un piédestal que lui même ne revendique pas.
S’il est vrai que « la neutralité c'est une chose qu'on trouve dans les discours, pas dans le cœur des gens » alors le véritable courage se trouve dans l’engagement à défendre ce que l’on a dans le cœur. Le véritable courage politique consiste à se battre pour la ligne politique que l’on considère comme la meilleure. Soit en créant un parti, soit en adhérant au parti que l’on considère être le plus proche de ses idéaux politiques. Il n’existe aucun courage dans la neutralité.
Les intellectuels progressistes sont des plus méprisants vis à vis de ce concept. Le dramaturge anglais Tom Stoppard avait coutume de dire à propos de la neutralité suisse que c’était une vierge qui gagne sa vie dans un bordel et qui prétend rester chaste. Et Charles Maurras qualifiait cette même neutralité de « mensonge » qui n’avait rien à faire dans la doctrine d’Etat. Lorsqu’on prétend n’appartenir à aucun parti politique on ne fait pas preuve de courage, on a tout simplement choisi de ne pas livrer au public nos convictions politiques. C’est un choix qu’il faut respecter. En revanche, lorsqu’on est dans un Gouvernement pour défendre les valeurs fondamentales de la démocratie et qu’on affirme n’avoir aucune préférence politique on est soit un naïf, soit un imposteur mais en tout cas pas un courageux.
En effet, ce n’est pas du courage que d’occuper la fonction pour laquelle on a été nommé. C’est Alpha Condé qui a nommé Gassama Diaby à un Ministère créé sur mesure. C’est encore le Président de la République qui lui a donné sa lettre de mission et, surtout, le pouvoir de critiquer son propre Gouvernement. C’est toujours le Président qui a permis la semaine de la citoyenneté et les milliards qui y ont été engloutis. C’est enfin le Président qui l’a maintenu à son poste malgré toutes les critiques de ce Ministre contre le Gouvernement. Une fois n’est pas coutume, convenons avec Makanéra que « si on félicite Gassama Diaby, on doit féliciter dix fois Alpha Condé ».
Ce n’est pas du courage que de renvoyer systématiquement dos à dos pouvoir et opposition lorsqu’il y a crise politique. Le véritable courage c’est de déterminer quel camp est responsable, quitte à subir les attaques dudit camp.
En tant que défenseur des libertés publiques, le courage aurait été de démissionner dès la première marche interdite par le pouvoir. Mieux, le véritable courage aurait été de manifester au côté des opposants lorsque ces marches avaient été interdites. Le courage absolu aurait été de se rendre et de camper à Wanidara quand il y avait des violences policières dans ce quartier.
Le courage aurait été de démissionner au lendemain de la semaine de la citoyenneté lorsqu’il a constaté le manque de solidarité gouvernementale. Le véritable courage aurait été de le faire devant tous les membres du Gouvernement en leur crachant son ressentiment plutôt que se donner en spectacle au Palais du Peuple.
C’est trop facile après 101 morts, 6 ans d’exercice et à moins de deux ans de la fin du mandat présidentiel de quitter le navire pour se reconstruire une virginité politique.
Le courage c’est aussi de se présenter face à celui qui vous a nommé et de lui remettre sa lettre de démission main à main plutôt que de développer ses états d’âmes dans un communiqué public après avoir commencé son texte en prétextant qu’on démissionne pour des « raisons personnelles ».

Correspondence special de Ahmed Camara (Berlin) pour factuguinee.com

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