A propos des attaques contre le journaliste: avant François Soudan, il y a eu Le Monde et Le Canard Enchaîné (une analyse de Fodé Sylla)

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L’article de François Soudan intitulé « La rue contre les urnes » fait couler beaucoup d’encre et de salive actuellement. Cet édito est particulièrement dénoncé par une alliance d’intellectuels peuls qui s’en prennent vertement à lui et appellent même à des poursuites judiciaires et des manifestations devant le siège de Jeune Afrique à Paris. Mais qu’y a-t-il dans l’article de François Soudan qui justifie une telle furie ? Voyons voir.

Dans son texte, pour qualifier les jeunes qui manifestent sur l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa, le journaliste parle des « gangs de l’axe », de leur statut de chômeurs, des pierres et des frondes qu’ils utilisent. Bref, rien que les Guinéens ne sachent déjà. En 2015, Joane Tilouine avait d’ailleurs décrit ces gangs sur la base d’une enquête encore plus poussée. Etrangement cet article, paru dans un article de journal Le Monde du 24 avril 2015, n’avait pas suscité autant d’indignation.

Soudan nous rappelle également que Cellou Dalein Diallo a lancé un appel aux jeunes à prendre la rue. De fait, il existe effectivement plusieurs preuves des appels à la rue du Chef de l’UFDG. Par exemple, le soir même du vote, lorsqu’il a déclaré que son parti contesterait les résultats « y compris par la rue ».

En fait, à lire les réactions à cet article on constate que ceux qui se scandalisent de l’édito de François Soudan s’appuient principalement sur les références qu’il fait à l’ethnie Peule. En effet, pour situer la zone des violences post-électorales, le journaliste parle du « ghetto peulh » et de la « république de Ratoma » où « flotte le drapeau de l’UFDG ». Plus loin, dans son analyse des résultats du scrutin, il explique que le Fouta, bastion peul et fief de Cellou ainsi que les autres régions et communes où cette communauté est majoritaire, ont majoritairement voté en faveur de l’UFDG. Voilà le crime qu’aurait commis le journaliste de jeune Afrique : parler de violences post-électorales commises par des jeunes peuls appartenant à un parti identitaire, l’UFDG.

Pourtant, certains termes utilisés par Soudan ont beau être quelque peu péjoratifs, personne ne peut contester la réalité qu’ils expriment. Soyons donc clairs, rien dans cet article ne justifie le lynchage médiatique de François Soudan. Et de toute évidence rien ne permettra non plus de le poursuivre judiciairement.

D’ailleurs pourquoi en 2013 il n’y a pas eu cette même déferlante contre le Canard Enchaîné, la CIA américaine ou la DGSE française ?

En effet, le 24 septembre 2013, le Canard Enchaîné a pondu un article du même acabit que celui de jeune Afrique, sinon plus grave en terme de stigmatisation ethnique puisqu’il parle de « milices peules ». A l’époque, seule l’inconsistance de la communication du gouvernement guinéen et le lobbying médiatique de BSGR ont empêché cette bombe d’exploser à la face de l’UFDG et de son Président.

Ce journal révélait les préparatifs d’un coup d'Etat imminent en Guinée par des mercenaires étrangers en passant par des milices ethniques peules (!). L’article précisait notamment que ceux qui préparaient ce coup utilisaient un mode opératoire consistant, lors des manifestations, à inciter la police et les forces armées à recourir à la force et ainsi créer des martyrs. Il est très bizarre qu’à l’époque, alors que la tension était encore plus vive entre pouvoir et opposition, on n’ait pratiquement pas entendu tous ceux qui, aujourd’hui, au nom de leur appartenance communautaire se solidarisent face à une prétendue attaque de François Soudan contre leur ethnie.

Que personne ne soit dupe, toute cette agitation identitaire n’a rien à voir avec la défense d’une ethnie. Il y a en revanche un dénominateur commun qui caractérise tous ceux qui depuis dimanche dernier crient à la connivence entre Alpha Condé et François Soudan. Ce n’est pas du tout leur appartenance à l’ethnie peule mais plutôt leur militantisme à l’UFDG ou leur sympathie à l’égard de son leader. A l’image du chef de ce parti, ils ont décidé, une fois de plus, de prendre en otage leur communauté pour donner une envergure légitime à leur réaction.

Attention cependant à ne pas trop en faire au risque de déclencher une contre-attaque implacable. Cellou Dalein Diallo ferait bien de retenir les ardeurs vengeresses de ses partisans. François Soudan, fort d’une cinquantaine d’année dans le métier, appartient à un « ghetto journalistique » qui utilise des canaux beaucoup plus larges que la route le Prince. Des « Gorkö Soussay » et autres opposants historiques forts de soutiens très puissants, il en a vu passer. Beaucoup ont disparu du paysage politique africain. Lui, il est toujours là.

Correspondance spéciale de Fodé Sylla

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