Les larmes d'un fils de Zaly:la belle aux dents cassées (par Ben Daouda Toure)

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Couchées sur l’asphalte de la Place des Martyrs qui était autrefois verdoyante sous l’ombrage des flamboyants, nos mamans se sont exercées à extirper une partie de la laideur que draine la haine intercommunautaire, haine qui empêche les dieux de Zaly de sourire.
Zaly n’est pas pour moi une agglomération cachée dans la verdure, mais une la ville qui garde les restes de ceux qui m’ont donné la vie, grands-parents, père et mère tous enfouis dans un sol surveillé par des palmiers géants, sous le regard paternel des arbres aux racines profondes, dont les branches se prolongent et s’entrelacent par des lianes, s’ils ne sont pas majestueusement dressés seuls, pour défier la hache habile des bûcherons. Ce panorama dégageait un respect sacré pour les morts et un amour profond pour les vivants. Ils l’ont détruit pour en faire une cascade d’affrontements !
A Zaly des notions peu connues se côtoyaient mais ne se heurtaient pas : Autochtones, allogènes, étrangers, musulmans et chrétiens… Tous ces mots n’existaient que par rapport ce qui était normal ; normal parce que Zaly est une très grande ville carrefour de toutes les cultures et toutes les croyances. Elle n’est pas devenue multiculturelle, elle est née et s’est développée multiculturelle. On ne peut pas concevoir Zaly d’une seule religion, parce que toutes les religions y ont été importées comme des marchandises, comme les premiers plants de Cacao et de café ; on ne peut imaginer Zaly mono culturelle par ce que son développement et son expansion économique exigèrent le savoir et la main d’œuvre de la sous-région et même de tous les continents ; il a fallu des hommes et des femmes venus de tous les horizons,pour faire d’elle une belle dame porteuse de mamelles nourrissantes : on s’y installe entre tubercules, fruits, légumes et granulés.
Hélas ! Après tant d’années de joie et de vivre ensemble, il a fallu moins de 30 minutes d’un discours porteur de virus, d’un Président sans imagination, pour que la haine déchire la cité et se loge dans le cœur de la belle dame. C’est alors que des bons «samaritains», que j’ai vu naitre, me dictèrent mon ethnie : moi qui n’avais jamais vu plus loin que Gouéké devint koniaca et oncle Zaoro mon ennemie. Mes cousins disparurent pour se réfugier dans des ethnies imposées par le politicien; et les cousines n’étaient plus là pour moi ! Nièpou, Gopou, Gnèmè et Nowai, toutes cachées dans la perfidie des hommes politiques. «N’zérékoréka» devint l’incarnation de la bêtise humaine, un jouet macabre entre les mains des simples d’esprits et des malins ; la politique absorba l’Ethnie ; le brassage culturel qui était notre fierté se brisa comme un pot de porcelaine et nul n’osa se mirer dans ce verre brisé ; à force de recevoir les assauts répétés des nains politiques sans cœur, Zaly perdit ses dents et son visage autrefois radieux se froissa de chagrin comme une vieille peau de chèvre.
Intimement blessée dans son orgueil, sa dignité n’implorait plus que l’âme de la survie.
A bout de souffle, avec la dernière énergie qui lui restait, hier la ville a offert nos mamans à l’humiliation suprême, couchées devant des hommes tueurs d’enfants, pour implorer la paix, pour que vous et nous pussions nous épanouir et vivre heureux.
ZALY ne demande ni pitié, ni compassion, mais l’implication de nous tous, de chaque fille, de chaque fils, de chaque résident étranger ou simple visiteur, pour que le sacrifice de nos mamans soit accepté par le Tout Puissant Allah, Le Seigneur de Toutes les Eglises et les dieux de toutes les Forêts Sacrées. Zaly sera encore plus belle et plus accueillante, grâce à l’effort de tous.
LA PAIX NE SE DECRETE PAS, ELLE SE CONSTRUIT A PARTIR DU CŒUR
Ce jour du 7 Juillet 2020 sera retenue dans les annales de l’Histoire à travers cette phrase de nos mamans, prononcée devant politiciens et porteurs de sabres sur Facebook, devant sœurs et frères, époux et progénitures :« Nous préférons l’humiliation à la haine fratricide»
Que Dieu nous aide et protège notre pays.
Zaly, je t’aime !
Ben Daouda Toure

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