L’enseignement des filles et des femmes en Afrique : Le cas de la Guinée vu par Dr Elvire Maurouard

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Née à Jérémie, Haïti Elvire MAUROUARD est Essayiste, Romancière et Dramaturge. Prix de la Société des Poètes français en 2010, l’auteur partage désormais sa vie entre Paris et l’Afrique où elle continue d’interroger l’apport du monde noir à la culture française .Elle est auteur d’une quinzaine d’ouvrages dont Le Testament de l’Ile de la Tortue, Prélude à l’après-midi d’une femme ou encore Victor Hugo et l’Amérique nègre. Lisez....

« Dites-moi ce qu’est et ce que fait la femme dans une société, comment elle y est traitée, respectée, quel est son rôle et sa responsabilité, quel est son idéal et je vous dirai ce que vaut cette société.

Quand la femme gagne en bien-être et en stabilité quand elle croît en considération, comme en influence, quand ses devoirs et sa liberté grandissent ensemble, quand elle oblige davantage et se reconnaît elle-même plus obligée, c’est que la société, dont elle fait partie a vaincu toute inhumanité. On comprend alors cette réflexion d’Auguste Comte: « L’amélioration du sort des femmes et l’extension graduelle de leur influence fournissent la meilleure mesure de notre progression à la fois négative et positive vers la varie perfection morale. » (Politique positive, tome III, chap.1er.)
Le statut de la femme sera refondu en 1962 et 1968. Cette modification va coïncider avec deux réformes de l’Education l’une en 1961, l’autre en 1968.

La Réforme de 1961
La session de la Conférence nationale du Parti démocratique de Guinée tenue en août 1961 à Conakry prend d’importantes décisions : suppression de l’enseignement privé de tous ordres ; introduction de la formation politique comme une discipline à part entière.

La Réforme 1968 sera elle, inspirée de la révolution chinoise. L’idée était d’en arriver à l’enseignement de masse qui stipule que la culture est l’affaire de tous. Malheureusement ce choix n’a fait qu’aggraver la situation. Les institutions seront transformées en centre d’enseignement révolutionnaire CER avec pour corollaires :

- L’extension progressive de l’enseignement uniquement dans les langues nationales, du primaire jusqu’à la neuvième année d’études,

- des méthodes d’évaluation qui favorisent la progression en masse des élèves d’un niveau à un autre.

-prééminence de la politique sur la pédagogie.

Aujourd’hui, la loi fondamentale de Guinée[1] garantit le caractère obligatoire de l'enseignement pour les garçons et pour les filles et traduit la volonté politique d'assurer à tous sans aucune discrimination l'accès à l'éducation. Cela s'est matérialisé par la mise en place : d'un programme d'ajustement du secteur éducatif PASE I et II (1999-2001) et d'une commission nationale pour l'éducation de base pour tous (CONEBA1) qui a pour cible privilégiée les enfants de 10 à 16 ans non scolarisés ou déscolarisés. Les objectifs visés en la matière étaient entre autres : éliminer les disparités entre les sexes dans l'enseignement primaire et secondaire. Et à tous les niveaux de l'enseignement jusqu'en 2015 au plus tard ; faciliter l'accès des jeunes filles et des femmes à l'enseignement technique, professionnel et universitaire ; réduire le taux d'analphabétisme féminin ; favoriser la réinsertion des jeunes filles handicapées et des enfants en détresse.

Dans les actions relatives à la mise en œuvre de la parité entre les garçons et les filles, il faut noter la promotion des petits métiers pour les jeunes filles et les femmes. A ce jour, les indicateurs ci-après (MASPFE, 2004:p.4) permettent d'apprécier les progrès réalisés : rapport filles/garçons dans l'enseignement : - primaire, filles 73,3% contre 83,9%; secondaire, filles 22,8% contre garçons 32,7%.

Dans le supérieur, le taux est passé de 12, 5°/o chez les filles en 1998 à 16% en 2003 contre tout de même 84,36%, chez les garçons.Le taux d'alphabétisation des femmes par rapport aux hommes de 15 ans et plus est de 15% pour les femmes, contre 7,8% pour les hommes.
Dans le cadre de l'éducation de la jeune fille, l'accent doit être mis sur certains comportements des parents, fruit eux aussi de l'attachement à la tradition, aux us et coutumes. Tout au long de sa vie, les remarques ne cessent sur les attitudes à tenir.
Recommandations

1) Chaque institution guinéenne devrait élaborer et mettre en œuvre une stratégie de soutien et d’amélioration régulière de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage, en consacrant suffisamment de ressources humaines et financières à cette tâche,
2) la professionnalisation et le perfectionnement des enseignants, des formateurs et du personnel demeure impérative,
3) les établissements d’enseignement en Guinée devraient encourager et prendre en compte le retour d’information donné par les étudiants, afin de diagnostiquer en amont les problèmes liés à l’environnement de l’enseignement et de l’apprentissage.

4) La mobilité et les échanges entre professeurs et formateurs pour des missions d’enseignement à long terme devrait être encouragée.
5) la collecte régulière de données sur des questions ayant une incidence sur la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage s’avère nécessaire.

Réduire l’inconnu au connu, trouver la solution des énigmes a été de tout temps, une ambition humaine, mais d’autres facteurs restent déterminants, d’où cette question de Socrate à un congénère que voulez-vous que je lui apprenne ? Il ne m’aime pas ! La parole enseignante doit être une parole de vie, alors seulement elle réveillera les facultés intellectuelles de l’apprenant.

Cette parole, il la comprendra d’autant plus qu’elle entrera en rapport direct avec un quotidien qui lui est propre. L’éducation se propose le développement harmonique de toutes les facultés de l’apprenant. Elle se propose de faire de la fille, une femme d’après notre idée de l’humain. Toute théorie de l’éducation implique une métaphysique, une conception non seulement statique, mais dynamique de la vie. On dit de la Guinée qu’elle est le dernier jardin d’Eden, eu égard à ces richesses naturelles, mais seul un apprentissage constant et sérieux fera de la Guinée, l’Eden des femmes. »

Dr Elvire Maurouard pour factuguinee.com

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