Conflit presse- Présidence de la République : lettre ouverte au Président Alpha Condé Arrêtez de vous moquer de votre ‘’propre presse’’

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Son Excellence, Monsieur le Président de la république de Guinée,
Par la force des choses, je dirais, pour des raisons de restructuration, nous sommes restés longtemps sans nous retrouver sous LE BAOBAB, cet arbre à palabre, pour discuter de nos maux. Mais il vaut mieux tard que jamais.


Justement, je voudrais profiter de cette opportunité pour vous adresser mes meilleurs vœux de santé et de bonheur pour notre pays.

En même temps, vous dire ces quelques mots amicaux.

Mon professeur,
Je vous connaissais ami de la presse. Curieusement, depuis que vous êtes monté au pouvoir, tout a brusquement changé, au point de vous présenter désormais comme notre premier ennemi. Un oubli, une politique ? Je ne comprends rien. Et je ne vous reconnais plus.
Dans tous les cas, je suis plus préoccupé par ce qui se passe actuellement entre vous et nous.
Nous qui faisions hier votre presse, parce que convaincus que vous seriez le démocrate et celui qui allait aider notre pays à sortir du trou. Je suis donc désagréablement surpris que c’est contre nous plutôt que vous déclarez votre guerre et non contre vos opposants.

Ou tout simplement, voulez-vous imposer une dictature sans précédent à la corporation ?

Quelque part, vous avez raison parce qu’une fois à la tête du pays, nous refusons de vous caresser dans le sens du poil, surtout lorsque nous constatons que vous êtes en train de dévier. Si c’est pour cela que vous déclarez à chaque occasion que : « Les journalistes guinéens ne sont pas formés, il n’y a pas de journalistes en Guinée », nous l’admettons. Parce que fiers d’être dans notre rôle d’arbitre et de garant de la démocratie.
Si c’est aussi pour cela que vous avez dit la dernière fois qu’à votre sortie de prison, vous êtes allé remercier les journalistes sénégalais, c’est bien ! C’est même reconnaissant de votre part. Je croyais que vous aviez fait d’abord le tour des rédactions de Conakry avant celles de Dakar. Ou bien, je me trompe ?

Seulement, n’oubliez pas que le combat était plus ici qu’ailleurs, Monsieur le Président.

A l’hôtel 5 Etoiles de Coronthie, où le président Conté vous aviez logé, ce ne sont pas les journalistes étrangers qui vous rendaient visite ou qui faisaient tout pour avoir de vos nouvelles. Rappelez-vous un certain Benn Pepito du groupe Lynx-Lance et tant d’autres…
C’est vrai, aujourd’hui, vous ne lisez plus les journaux, vous n’écoutez plus les radios. Mais hier vous le faisiez. Les journaux étaient devenus même votre petit déjeuner. Pouvez-vous dire le contraire ? Non.

Monsieur le Président,
C’est d’autant plus vrai que ce n’est pas la première fois que vous dites qu’en Guinée nous ne sommes pas formés.

En effet, à peine monté au pouvoir en 2010, vous l’avez déclaré publiquement.
A ce niveau, je m’interroge : 7 ans après que vous avez les destinées de ce pays, qu’avez-vous fait concrètement pour mettre à niveau votre presse, puisqu’il s’agit bien de la presse guinéenne, celle qui est censée faire votre presse, pour être compétitive ou pour ressembler aux autres ? Rien.
Donc, votre bilan serait-il à ce niveau négatif ? Tout porte à le croire.
Ne parlez pas de subvention. Le Doyen Souleymane Diallo vous a démontré que tous ses montants de subvention cumulés, journaux comme sa radio, ne servent qu’à payer sa facture d’électricité. Sans commentaires.

Renseignez-vous auprès de vos homologues du Sénégal ou de Côte D’Ivoire. La subvention de la presse, c’est en termes de dizaine de milliards de FCFA. SVP ! Monsieur le Président.

C’est pour aider à la qualification et permettre à ces journalistes indépendants économiquement et financièrement de mieux suivre, en tant que chiens de garde, l’action gouvernementale. Sinon, les bailleurs de fonds n’investissent pas dans nos pays. La presse, c’est leur garantie, comme pour se répéter, que ce qu’on vous donne, Monsieur le Président, va être bien géré et non détourné au grand dam des populations. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que la presse est le 4è pouvoir, en même temps, c’est ce pouvoir qui a le pouvoir de veiller sur les autres pouvoirs.

Monsieur le Président,
A l’époque, j’écrivais au Général Lansana Conté, dans une lettre ouverte et sous le même BAOBAB, que l’heure était grave. Que c’était mieux pour lui de démissionner, même si un militaire ne démissionne jamais au front. C’était au moment où il était affaibli par la maladie et signait ses décrets à partir de Bouramawa. Il ne m’avait pas compris et finalement la mort tomba sur lui dans son village.

Au bouillant Capitaine Moussa Dadis Camara, je lui avais prodigué les mêmes conseils, dès que j’ai constaté qu’il avait commencé à dévier. Encore que, je lui demandais d’avoir le dos large et ne pas répondre à tous les coups. Il ne m’avait pas compris et son garde du corps Toumba tomba sur lui, l’obligeant à être de l’autre côté à Ouagadougou.

A vous personnellement, je vous conseille de ne pas dévier. Le peuple de Guinée compte sur vous et arrêtez de vous moquer de votre ‘’propre presse’.’
Si vous ne pouvez rien pour l’aider à se qualifier, il ne faut pas la ridiculiser, ou donner l’occasion à n’importe qui de se foutre d’elle. Je l’ai dit au Président Dadis, qu’à un moment donné, face à Lansana Conté, c’est cette même presse qui jouait le rôle de contre poids. L’opposition guinéenne s’était complètement effacée. Vous étiez à l’extérieur. C’est en ce moment que le Général disait : «Ne confiez pas ce pays à un diaspo». Ne lui donnez pas raison, mon Président.

Mon Président,
Sous LE BAOBAB, on doit se dire tout. Je voudrais dire, il faut vider son sac et on reprend l’amitié, mais en tenant compte de ce que l’autre n’aime pas. Et en se disant aussi qu’après tout, c’est le peuple de Guinée qui doit être victorieux. Ce peuple a beaucoup souffert. Ce peuple est à la recherche de son messie (ou L. Messi), comme vous avez été un grand footballeur. Donc, on pense que c’est vous.

Ce que je n’ai pas du tout compris, c’est que, c’est devant plus de 300 journalistes étrangers venus en Guinée pour la première fois dans le cadre des Assises de la Presse Francophone que vous avez lancé ( contre toute attente) que leurs hôtes ne sont pas formés et qu’aucune radio n’est en règle vis-à-vis de l’ARPT. Alors que vous savez que l’Etat guinéen mauvais payeur, doit à EDG et à la SEG beaucoup de milliards de nos Francs. Je ne parle pas de ses dettes vis-à-vis des entreprises locales et étrangères.
Au fond, nous avons vite compris que c’est un prétexte pour nous intimider, d’autant vrai que vous avez dit de ne pas donner la parole au syndicaliste Soumah. L’Exécutif qui contrôle la presse comme au temps de l’autre quoi !

Vous voyez vous-même que par confraternité, le Sénégalais de l’UPF a réagi. Pour vous dire que c’est pratiquement impossible. Même si votre volonté de fermer les radios, sans état d’âme et sans tenir compte des conditions dans lesquelles ces médias travaillent, se concrétise aujourd’hui.

Et puis, un adage dit : «Même si la barbe est mal plantée, le propriétaire la peignera ».
Après tout, nous sommes des journalistes guinéens, votre presse, vos enfants.
Même s’il y a des carences constatées par-ci ou par là par manque d’expériences ou autres (ça existe partout ailleurs), le lieu et le moment choisis pour l’évoquer sont mal indiqués, Mon Professeur. Ce n’est pas devant des étrangers qui en réalité ne sont pas mieux que nous que vous alliez faire vos reproches. Vous devriez le faire sous notre BAOBAB.

Je vais peut-être vous surprendre : A l’extérieur, le journaliste guinéen est pris au sérieux, contrairement à ce que vous pensez, Mon président.

Et quand vos sorties fracassantes donnent lieu à nous exposer et à nous affaiblir davantage, c’est vraiment inquiétant. Nous préférons être en prison, même remplir les prisons de Guinée, qu’être à tout moment ridiculisés. Sinon, comment comprendre que des gendarmes tabassent nos confrères, une dizaine de journalistes qui viennent aux nouvelles dans un camp ?

Du jamais vu, même au temps des régimes militaires. On dit que ces hommes en armes ont été sanctionnés. Ainsi soit-il !

Seulement, au siège des partis politiques, notamment votre parti le RPG, aucun égard envers les hommes de médias. Nos confrères du groupe Evasion ont payé tout dernièrement les frais de ces agissements, lors d’une assemblée générale. Des militants de 25è, 26è, 27è heure … qui ne savent pas d’où nous venons (vous et nous), surexcités, s’attaquent vertement à nos reporters. Qu’ils apprennent à nous respecter. Même s’ils estiment que nous n’avons rien et ne sommes pas protégés.

Monsieur le Président,
Les régimes passent, mais la presse reste. Ne mettez pas en difficulté votre conseiller personnel, Tibou Kamara, qui pourtant est convaincu qu’une presse sans gouvernement vaut mieux qu’un gouvernement sans presse. Lui au moins se bat tant bien que mal pour rectifier le tir. Pardonnez, pour vous réconcilier avec vos amis d’hier devenus aujourd’hui vos ennemis.
N’oubliez pas qu’en 2015, dans la compétition du monde de mépris pour la presse, Reporters Sans Frontières et non Médecins Sans Frontières, vous a mis à la 2è place, avec une médaille d’argent.

Il est temps de vous ressaisir, Mon Président. Vous savez que sous LE BAOBAB, on peut bien se comprendre et résoudre nos problèmes. Il paraît qu’une journée est prévue pour cela très presse du 5 janvier dernier ! Pourtant, ce jour j’avais faim.

Sinon, bonne et heureuse année 2018 !

Bamba Bakary Gamalo
Journaliste d’investigations
Membre Union Internationale de la Presse Francophone
Directeur Général groupe LE BAOBAB
Tel : +224 628 12 80 76

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